Le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses

Paléontologue : Mary Anning

Regardez-la : engoncée dans un manteau à manches gigots d’une décence absolue, le visage auréolé par une capeline très chaste, un noeud sous le menton et un panier sous le bras, Mary Anning ressemble à n’importe quelle paysanne anglaise se rendant au marché en ce début de XIXème siècle. Un seul détail ne colle pas : le piolet qu’elle serre dans son poing.

Anning

Anning
(DP)

Paléontologue : Valérie Masson-Delmotte

Regardez-la : elle est penchée sur une des longues carottes de glace qu’elle est allée chercher elle-même au fond du Groenland.

Masson-Delmotte

Masson-Delmotte
(Source : LSCE CEA)

Peintre :

Dans la foule des chefs d’oeuvre réalisés par des femmes peintres, regardez d’abord la Beatrice Cenci d’Elisabeth Sirani. Elle vous dit quelque chose, n’est ce pas ?

36 cenci DP

Oui, sa douceur rêveuse rappelle la Jeune fille à la perle de Vermeer, peinte quatre années plus tard.

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Ensuite, passez au Judith décapitant Holopherne d’Artemisia Gentileschi. C’est moins doux, non ? Mais ça a du corps.

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La ferme à l’entrée du bois de Rosa Bonheur sent le foin tiède.

36 rosa bonheur DP

La toilette de Mary Cassatt est d’une beauté japonaise.

36 cassatt DP

Tout Berthe Morisot est à se rouler par terre (pour peu que vous ayez du goût pour les impressionnistes.).

Le berceau

Le berceau

Suzanne Valadon est plus grinçante.

Portrait d'Erik Satie

Portrait d’Erik Satie

Dans la salle suivante, vous trouverez Marie Laurencin et ses femmes aux longs yeux morts (vous les avez déjà croisées, c’est certain),

Femme au foulard

Femme au foulard

Tamara de Lempicka et ses femmes aux grands yeux lourds (pareil),

Femme à la colombe

Femme à la colombe

les couleurs circulaires de Sonia Delaunay (encore pareil),

Petit automne

Petit automne

le corps supplicié de Frida Kahlo,

Autoportrait

Autoportrait

les chairs flambantes d’Emilia Castaneda,

Mi gatita

Mi gatita

les paysages tortueux de Leonor Fini,

Le bout du monde

Le bout du monde

et de Dorothea Tanning.

Petite musique de nuit

Petite musique de nuit

Il y a aussi du Nikki de Saint Phalle luisant comme s’il avait plu (toujours pareil),

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et un peu de Jeanne Hébuterne et de Dora Maar. Du moins, ce qui a survécu au suicide ou à Picasso.

Hébuterne

Jeanne Hébuterne
Autoportrait

Peintre : Elisabeth Vigée-Lebrun

A 21 ans, mademoiselle Vigée est très courtisée. « Plusieurs amateurs de ma figure me faisaient peindre la leur », écrira-t-elle.

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Allez plutôt voir sa Julie au bain. Elle est adorable.

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Sa Princesse Narychkine est plus grave – à mon avis, Modigliani et Marie Laurencin ont admiré un jour ses longs yeux impavides.

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Le portrait du petit dauphin Louis à trois ans, âge où il déclare la tuberculose qui l’emportera, est touchant.

36 vigee dauphin Louis DP

Peintre : ORLAN

Fin 70, elle s’expose à l’entrée de la FIAC (Foire Internationale de l’Art Contemporain) où elle vend ses baisers pour 5 francs. Regardez-la assise derrière une photo de son buste nu. Elle harangue les passants : « Cinq francs, cinq francs pour un baiser d’artiste, approchez ! » Les pièces sont recueillies au niveau du pubis, dans un petit panier triangulaire. L’appareil rend la monnaie.

ORLAN

ORLAN avant
(Source : e-artplastic)

 Au début des années 90, ORLAN sort son Manifeste de l’art charnel. Puis elle entame une série d’opérations esthétiques sur son propre visage, en direct et les yeux grands ouverts face à la caméra. L’objectif ? Cumuler tous les canons de beauté occidentaux. Dans une débauche de sang et de bétadine, parfaitement consciente, ORLAN se fait faire le nez de La Joconde, la bouche de la Vénus de Botticelli et autres attributs classiques. Pour finir par deux bosses au dessus des sourcils, plus futuristes. La raison de tout ça ? Démontrer par l’exemple et par l’absurde les contraintes imposées au corps, féminin surtout.

ORLAN

ORLAN pendant
(Source : wikispaces)

ORLAN

ORLAN après
(Source : France Inter)

L’oeuvre d’ ORLAN que je préfère, c’est un tableau inspiré de Courbet – vous savez ? L’origine du monde. Ce portrait très réaliste du bas-ventre d’une femme a été réalisé en 1866. En 1989, ORLAN peint le bas-ventre d’un homme exactement dans la même pose et le même style. Les cuisses sont légèrement écartées, le sexe repose sous le pli du ventre, le nombril est un vallon ensoleillé, un peu de linge froissé borde les tétons. ORLAN intitule son œuvre L’origine de la guerre. C’est simple, c’est sobre, c’est évident.

36 ORLAN courbet source huffingtonpost dot com

27 comments for “Le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses

  1. claire desaint
    20 mars 2014 at 11 h 27 min

    bravo, très utile à mettre dans les mains des parents.
    Je suggère de l’envoyer aux fédérations de parents d’élèves et conseiller-ères d’orientation.

    • Catherine DUFOUR
      20 mars 2014 at 13 h 39 min

      Excellente idée, je le fais de ce pas. Merci.

  2. ledermann
    21 mars 2014 at 1 h 42 min

    pour Chantal Mauduit les montagnes du Népal l’on tuer en 98

    • Catherine DUFOUR
      25 mars 2014 at 12 h 30 min

      Oui, en effet.

  3. Catherine DUFOUR
    25 mars 2014 at 12 h 32 min

    Merci ! Haro sur le pink, comme vous dites.

  4. 30 avril 2014 at 17 h 28 min

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    • Catherine DUFOUR
      30 avril 2014 at 22 h 34 min

      Mais comment donc.

  5. 14 mai 2014 at 20 h 27 min

    Je découvre le livre avec l’émission #LesMaternelles et en cherchant, le blog que je suis en train de lire avidement ! Et je me marre ! J’ai hâte de lire ton livre du coup.

    (Et si seulement on pouvait véritablement gagner sa vie en maternant !..)

    • Catherine DUFOUR
      15 mai 2014 at 9 h 22 min

      Bonne lecture et merci !

  6. sandrine
    22 mai 2014 at 14 h 48 min

    ha ha c’est une copine-maman-d’école-déléguée-parents-d’élèves qui m’a envoyé le lien sur votre livre…

    • Catherine DUFOUR
      22 mai 2014 at 15 h 18 min

      Qu’elle soit ici remerciée !

  7. pierre
    24 juin 2014 at 9 h 16 min

    à quand Catherine Dufour dans les pharmacies ? ( attention , respecter la dose prescrite : l’utilisation prolongée peut entrainer une perception déformée de la réalité … ou pas )

    • Catherine DUFOUR
      24 juin 2014 at 14 h 50 min

      Joker modérateur !

  8. manuel
    26 juillet 2014 at 14 h 18 min

    Mme Carrère d’Encausse est un mauvais exemple, la fin de l’URSS dans son livre était du à la montée des musulmans ce qui n’a pas été du tout le cas.

    • Catherine DUFOUR
      24 août 2014 at 18 h 19 min

      Erm, oui, j’aurais du songer plutôt à Suzanne Citron, nous sommes bien d’accord…

  9. Frank
    3 novembre 2014 at 10 h 07 min

    hello Catherine

    Grand fan de ton travail, avec une mention spéciale pour « Le goût de l’immortalité » que je salue comme l’un des meilleurs livres de SF que j’ai jamais lu.

    Je suis père « paternant » de 2 petites filles et je me réjouissais de partager la lecture de ton livre avec l’ainée qui a 9 ans. Mais en parcourant les fiches métiers qui sont sur cette page, je crois que ça ne va pas le faire.. Est ce qu’on retrouve dans le livre les allusions aux filles qui se touchent sur les photos d’un chanteur chinois menacé de démembrement ? Idem pour Despentes et son Baise moi dont je ne remets pas en question les mérites littéraires, mais n’y avait il pas un autre exemple de femme auteure talentueuse déjantée et libérée ? Pourquoi pas toi ?
    J’ai continué à parcourir tes fiches et je comprends pas non plus la présence des tortionnaires dans ton livre.

    J’adore l’idée générale, vraiment mais je ne comprends pas pourquoi il est comme torpillée par quelques exemples à contre-emploi qui en limitent l’impact et la diffusion potentielle. A 9 ans ma fille lit très bien et elle aurait adoré ton livre, mais je vais devoir la faire poireauter encore quelques années avant de lui mettre en les mains.

    • Catherine DUFOUR
      3 novembre 2014 at 22 h 19 min

      Bonjour, et merci. Pour ce qui est de mon Guide des métiers, il n’est pas pour enfant, davantage pour jeune fille et moins jeune. l’idée est de leur donner envie de ne pas se limiter dans leurs choix. On peut lire certaines fiches aux petites filles, mais pas toutes. « La vie est une chose très triste mais il n’est pas utile de le dire aux enfants. » (Pagnol) Quant aux fiches Mafieuse ou Tortionnaire, il m’a semblé nécessaire de montrer que les femmes ne sont pas toujours de tendres licornes. Amicalement.

  10. Frank
    4 novembre 2014 at 9 h 28 min

    Merci pour ta réponse, et pour ton conseil. Tu sais, je trouve vraiment très bonne ton idée, mais je ne peux pas faire la lecture de morceaux choisis à ma fille de 9 ans. Au delà de la frustration que cela ne manquerait pas de provoquer, elle saurait réfléchir au fait qu’il y a quelque chose d’étrange à ne pas vouloir lui laisser lire par elle même un livre si formidable.

    Je conclue, pour ne pas abuser de ton temps ni de la place sur la page, en émettant une humble requête de fan : si tu en as l’occasion un jour, ce serait super d’avoir un de tes livres qui s’adresse d’abord aux enfants. Pas pour les distraire mais pour les aider dans la petite bataille de la (des)information qui se joue dans leur univers, au quotidien. Pour que ce ne soit pas toujours les adultes qui puissent se cultiver ou s’informer les premiers quand cela concerne aussi, et parfois même en premier lieu, les enfants.

    Amicalement.

    • Catherine DUFOUR
      5 novembre 2014 at 12 h 07 min

      C’est difficile. En général, quand je propose un livre pour enfant, l’éditeur s’empresse de l’empailler en ôtant tout ce qui est sexe et mort, beaucoup plus pour plaire aux parents qu’aux enfants d’ailleurs.

  11. Chloé
    15 février 2015 at 22 h 09 min

    Bonjour,
    J’ai l’impression qu’il y a un problème sur le choix éditorial de votre livre; en le titrant pour « petites » filles et en omettant toute illustration, il ne peut pas s’adresser aux adolescentes, qui seraient pourtant son public-cible! C’est d’autant plus dommage que mes collègues professeurs-documentalistes et moi-même sommes très enthousiasméEs par les textes!
    Est-ce que ça ne pourrait pas être amélioré lors d’une réédition?

    • Catherine DUFOUR
      7 mars 2015 at 14 h 52 min

      C’est un titre humoristique, j’imagine.

  12. stefderelaymiro
    6 mars 2015 at 18 h 52 min

    Bon ben,je vais commander celui là, aussi je navigue sur les méandres du fleuve « histoire de France. Cet aprem , j’ai pouffe bêtement sur le patronyme du chaperon rouge. Dans un wagon du métro 12, ça craint ?…. Ils ont du se dire: encore une nana bourrée.

    • Catherine DUFOUR
      7 mars 2015 at 14 h 49 min

      Oh non, ils dorment tous là dedans.

  13. stefderelaymiro
    7 mars 2015 at 8 h 21 min

    Désolé pour le premier commentaire « failed », et le second à la ponctuation aléatoire, écrire un commentaire, avec son fils de 2 ans sur les genoux ,peut être épique. Donc. Je vais commander ce guide dont le titre m’attire déjà. En attendant je rigole toute seule sur la banquette d ‘un métro. Pov’ Vareuse. Je fini par avoir honte de ne pas vous lu plus tôt. Comme quoi l’autopromotion c’est la solution.sur ce je retourne m’occuper de mon pti tyran domestique. Si il continue je vais en faire une grenouille.

    • Catherine DUFOUR
      7 mars 2015 at 14 h 48 min

      Ou une citrouille ? Bon métro.

  14. 20 mars 2015 at 16 h 20 min

    Je viens de le finir. amusants certains choix.
    sans hésiter : J’aurais voulu être Florence Aubenas, pas pour ses mésaventures, non.
    pour son humanité sa dignité et sa plume.
    J’aurais pu être Sextoy dans une autre vie, mais je suis nulle au violon.
    Si vus faites un second tome, j’ai 2/3 idées.
    Routier, kiosquière, joueuse de foot ou de rugby …. tout sauf princesse ou alors celle là:
    https://www.youtube.com/watch?v=4CBGiLgTYgM

  15. P.
    6 janvier 2016 at 17 h 43 min

    Bonjour,

    Il m’a fallut 20 ans pour rencontrer des filles qui ne voulaient pas être des princesses… Enfin presque, j’ai bien une de mes tantes qui n’a jamais voulu être une princesse (elle voulait être cascadeuse, ça n’a pas marché, mais l’ambition était là), mais elle ne comptait pas c’était déjà une adulte quand j’étais une adolescente, autant dire qu’à cette époque aucun adulte ne pouvait me comprendre… Comme tous les adolescents idiots du monde qui pensent qu’ils sont les seuls à souffrir…
    Et puis on m’offre votre livre, je trépigne, j’adore le titre, et puis je regarde l’auteur, j’adore l’auteure aussi (j’ai lu blanche-neige et les lances missiles, je me suis bidonnée). Je ne me suis toujours pas miraculeusement transformée en princesse, les princesses c’est nul et chiant, et moi je suis chiante mais pas nul et puis je déteste le rose. Je ne serais jamais une princesse, ce livre est pour moi, je le sais !
    J’ouvre le livre, ce livre qui parle de métier, pendant « une pause » à mon travail et je lis :  » en matière professionnelle, on a le droit d’évoluer, voire de bifurquer, et même de faire volte-face et de changer du tout au tout. » Ironie ? Moi qui m’ennuie tellement dans un boulot que j’ai rêvé de faire, parce que je n’ai rien à faire, mais rien à faire. A part tous les trucs que j’invente pour m’occuper et essayer d’être professionnelle et qui des fois ne suffisent plus. Psychologue, quand personne ne vient vous raconter ses malheurs c’est chiants comme la pluie.
    Bref tout ça pour dire que j’aime beaucoup ce que vous faites : votre écriture, votre humour et vos idées. Vous arrivez toujours à point nommé dans ma vie, même si ce n’est pas de votre fait 🙂

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