Le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses

Chef de cuisine : Eugénie Brazier

Elle a vingt ans et un talent fou. Six ans plus tard, elle ouvre son propre restaurant, un Bouchon lyonnais. Le bouche-à-oreille fait le reste : sa table déborde rapidement. D’autant que le critique Curnonsky, « prince des gastronomes », fondateur de l’Académie des gastronomes, de l’Académie de l’humour et de l’Académie du vin, ne tarit pas d’éloges à son sujet. Regardez la : fière et large au milieu de sa vaste cuisine blanche, elle soulève le couvercle d’un de ses énormes faits-tout en ne paraissant pas songer une seule seconde à ses années de famine.

Brazier

Brazier
(Photo : Marcelle Vallet sous licence CC à la B.M. de Lyon)

Chef de cuisine : Rougui Dia

Le génie de la jeune femme est si évident qu’elle passe second en un temps record. Puis chef de cuisine en 2005, à même pas trente ans. Et où donc ? Chez Petrossian, le roi du caviar parisien. Par petites touches épicées ou fruitées, sénégalaises ou indiennes, Dia allège la prestigieuse carte.

Dia

Le chef est une femme, Ed. Gawsewitch, 2006

Chef d’orchestre : Claire Gibault

Après un long parcours comme chef d’orchestre de chambre puis assistante de chef d’orchestre, elle saisit enfin la baguette : elle prend la direction de l’opéra de Lyon. Nous sommes en 1991 et Gibault est la première femme à se hisser au pupitre.

Gibault

Gibault
(Photo : Marie-Lan Nguyen sous licence CC)

Chef d’orchestre : Zahia Ziouani

Depuis ses trente ans, Ziouani dirige le Conservatoire de Stains, en Seine Saint Denis. Son mot d’ordre ? Le même que Shadd : « avoir de l’ambition et travailler ». Ses élèves ? Des jeunes de Stains, ville située assez loin de l’opéra Garnier.

Ziouani

Ziouani
(Photo : Ted Concorde sous licence CC)

Chercheuse d’or : Belinda Mulrooney

Alaska. Regardez, là bas, cette ville de boue gelée : c’est Dawson City. Trente mille habitants, une femme pour neuf hommes, huit chevaux pour tout le monde. Dans les bars de Dawson, les prospecteurs en veine se ruinent avec méthode et quantité de gens sont prêts à les aider. Les fêtes sont mémorables ! Un certain Jimmy McMahon flambe 780 000 dollars en une seule soirée. Les consommations se payent cash, en poudre d’or (le champagne atteint l’équivalent de 1700 dollars la bouteille). L’ivresse aidant, il paraît qu’il suffit, le matin venu, de balayer le sol au pied des tabourets pour devenir riche à son tour.

 

 Dawson

Dawson la boueuse
Front Street, Dawson City, Yukon, 1898
(Photo : Larss et Duclos)

Avec la marge colossale que lui rapportent ses hardes et ses bouillottes, Mulrooney ouvre un restoroute puis un grand hôtel à Dawson. Elle achète sa propre entreprise minière et devient la femme la plus riche du Klondike.

Mulrooney

Staking Her Claim: The Life of Belinda Mulrooney, Klondike and Alaska Entrepreneur
Mayer, DeArmond
Ed. Ohio University Press, 2000

Chercheuse d’or : Gill Marcus

A 60 ans, elle est enfin nommée gouverneur de la Banque centrale d’Amérique du sud. Son accession jette dans le ravissement à la fois les hommes d’affaire – dont elle fait partie – et les syndicalistes – pour son engagement politique. Dernièrement, elle a lancé un billet de banque à l’effigie de Mandela. Regardez-là brandir une liasse de coupures neuves : derrière ses petites lunettes, elle paraît savourer la reprise de la croissance dans son pays. A moins qu’elle ne pâlisse d’inquiétude devant les perspectives économiques mondiales, qu’elle qualifie d’« horribles » ?

Marcus

Marcus
(Photo : Denis Farrell AP)

Chirurgienne : Francine Leca

Les chambres de ses malades sont délabrées, l’administration manque de moyens, qu’à cela ne tienne : en 92, Leca fonde une association, Mécénat chirurgie cardiaque, qui collecte des fonds pour rafraîchir le matériel. Du moins jusqu’à cette lettre, en 96 – la lettre de trop parmi toutes celles que reçoit Leca. C’est celle d’un Iranien dont le fils est atteint d’une malformation cardiaque et qui n’a pas les moyens de le faire soigner. Sans illusion, Leca demande à l’hopital l’autorisation d’intervenir et reçoit le « non » attendu (« C’est normal, on ne peut pas dire à tout le monde : Venez vous faire opérer en France, c’est gratuit. »). Mais cette fois, Leca se rebiffe. Maintenant que les chambres de son service sont ripolinées de frais, elle rebaptise son association Mécénat chirurgie cardiaque enfants du monde et monte un réseau qui permet d’opérer entre 150 et 300 marmots par an. Les petits arrivent « tout bleus, en marchant péniblement », ils repartent « roses et rayonnants » et ça lui fait plaisir.

Leca

Francine Leca, le coeur sur la main
documentaire de Sophie de Malglaive, 2011

Chirurgienne : Nilab Mobarez

En 2000, elle fonde l’association Bactriane qui vient en aide aux femmes et aux enfants afghans. En 2001, elle fonde l’association Enfants afghans qui rassemble des fonds pour construire un hôpital à Kaboul, et retourne enseigner à l’Institut médical. En 2004, elle participe à la première élection présidentielle libre du pays. Depuis 2007, elle est attachée de presse de l’UNAMA (United Nations Assistance Mission in Afghanistan).

Mobarez

Mobarez
(Source : Darivoa)

Elle a aussi publié un livre de photos, Femmes afghanes, qui montre – eh bien, essentiellement du tissu. Avec parfois, sous les voiles, le sourire.

Mobarez


Femmes afghanes, Mobarez, Ed. Hoebeke, 2002

27 comments for “Le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses

  1. claire desaint
    20 mars 2014 at 11 h 27 min

    bravo, très utile à mettre dans les mains des parents.
    Je suggère de l’envoyer aux fédérations de parents d’élèves et conseiller-ères d’orientation.

    • Catherine DUFOUR
      20 mars 2014 at 13 h 39 min

      Excellente idée, je le fais de ce pas. Merci.

  2. ledermann
    21 mars 2014 at 1 h 42 min

    pour Chantal Mauduit les montagnes du Népal l’on tuer en 98

    • Catherine DUFOUR
      25 mars 2014 at 12 h 30 min

      Oui, en effet.

  3. Catherine DUFOUR
    25 mars 2014 at 12 h 32 min

    Merci ! Haro sur le pink, comme vous dites.

  4. 30 avril 2014 at 17 h 28 min

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    • Catherine DUFOUR
      30 avril 2014 at 22 h 34 min

      Mais comment donc.

  5. 14 mai 2014 at 20 h 27 min

    Je découvre le livre avec l’émission #LesMaternelles et en cherchant, le blog que je suis en train de lire avidement ! Et je me marre ! J’ai hâte de lire ton livre du coup.

    (Et si seulement on pouvait véritablement gagner sa vie en maternant !..)

    • Catherine DUFOUR
      15 mai 2014 at 9 h 22 min

      Bonne lecture et merci !

  6. sandrine
    22 mai 2014 at 14 h 48 min

    ha ha c’est une copine-maman-d’école-déléguée-parents-d’élèves qui m’a envoyé le lien sur votre livre…

    • Catherine DUFOUR
      22 mai 2014 at 15 h 18 min

      Qu’elle soit ici remerciée !

  7. pierre
    24 juin 2014 at 9 h 16 min

    à quand Catherine Dufour dans les pharmacies ? ( attention , respecter la dose prescrite : l’utilisation prolongée peut entrainer une perception déformée de la réalité … ou pas )

    • Catherine DUFOUR
      24 juin 2014 at 14 h 50 min

      Joker modérateur !

  8. manuel
    26 juillet 2014 at 14 h 18 min

    Mme Carrère d’Encausse est un mauvais exemple, la fin de l’URSS dans son livre était du à la montée des musulmans ce qui n’a pas été du tout le cas.

    • Catherine DUFOUR
      24 août 2014 at 18 h 19 min

      Erm, oui, j’aurais du songer plutôt à Suzanne Citron, nous sommes bien d’accord…

  9. Frank
    3 novembre 2014 at 10 h 07 min

    hello Catherine

    Grand fan de ton travail, avec une mention spéciale pour « Le goût de l’immortalité » que je salue comme l’un des meilleurs livres de SF que j’ai jamais lu.

    Je suis père « paternant » de 2 petites filles et je me réjouissais de partager la lecture de ton livre avec l’ainée qui a 9 ans. Mais en parcourant les fiches métiers qui sont sur cette page, je crois que ça ne va pas le faire.. Est ce qu’on retrouve dans le livre les allusions aux filles qui se touchent sur les photos d’un chanteur chinois menacé de démembrement ? Idem pour Despentes et son Baise moi dont je ne remets pas en question les mérites littéraires, mais n’y avait il pas un autre exemple de femme auteure talentueuse déjantée et libérée ? Pourquoi pas toi ?
    J’ai continué à parcourir tes fiches et je comprends pas non plus la présence des tortionnaires dans ton livre.

    J’adore l’idée générale, vraiment mais je ne comprends pas pourquoi il est comme torpillée par quelques exemples à contre-emploi qui en limitent l’impact et la diffusion potentielle. A 9 ans ma fille lit très bien et elle aurait adoré ton livre, mais je vais devoir la faire poireauter encore quelques années avant de lui mettre en les mains.

    • Catherine DUFOUR
      3 novembre 2014 at 22 h 19 min

      Bonjour, et merci. Pour ce qui est de mon Guide des métiers, il n’est pas pour enfant, davantage pour jeune fille et moins jeune. l’idée est de leur donner envie de ne pas se limiter dans leurs choix. On peut lire certaines fiches aux petites filles, mais pas toutes. « La vie est une chose très triste mais il n’est pas utile de le dire aux enfants. » (Pagnol) Quant aux fiches Mafieuse ou Tortionnaire, il m’a semblé nécessaire de montrer que les femmes ne sont pas toujours de tendres licornes. Amicalement.

  10. Frank
    4 novembre 2014 at 9 h 28 min

    Merci pour ta réponse, et pour ton conseil. Tu sais, je trouve vraiment très bonne ton idée, mais je ne peux pas faire la lecture de morceaux choisis à ma fille de 9 ans. Au delà de la frustration que cela ne manquerait pas de provoquer, elle saurait réfléchir au fait qu’il y a quelque chose d’étrange à ne pas vouloir lui laisser lire par elle même un livre si formidable.

    Je conclue, pour ne pas abuser de ton temps ni de la place sur la page, en émettant une humble requête de fan : si tu en as l’occasion un jour, ce serait super d’avoir un de tes livres qui s’adresse d’abord aux enfants. Pas pour les distraire mais pour les aider dans la petite bataille de la (des)information qui se joue dans leur univers, au quotidien. Pour que ce ne soit pas toujours les adultes qui puissent se cultiver ou s’informer les premiers quand cela concerne aussi, et parfois même en premier lieu, les enfants.

    Amicalement.

    • Catherine DUFOUR
      5 novembre 2014 at 12 h 07 min

      C’est difficile. En général, quand je propose un livre pour enfant, l’éditeur s’empresse de l’empailler en ôtant tout ce qui est sexe et mort, beaucoup plus pour plaire aux parents qu’aux enfants d’ailleurs.

  11. Chloé
    15 février 2015 at 22 h 09 min

    Bonjour,
    J’ai l’impression qu’il y a un problème sur le choix éditorial de votre livre; en le titrant pour « petites » filles et en omettant toute illustration, il ne peut pas s’adresser aux adolescentes, qui seraient pourtant son public-cible! C’est d’autant plus dommage que mes collègues professeurs-documentalistes et moi-même sommes très enthousiasméEs par les textes!
    Est-ce que ça ne pourrait pas être amélioré lors d’une réédition?

    • Catherine DUFOUR
      7 mars 2015 at 14 h 52 min

      C’est un titre humoristique, j’imagine.

  12. stefderelaymiro
    6 mars 2015 at 18 h 52 min

    Bon ben,je vais commander celui là, aussi je navigue sur les méandres du fleuve « histoire de France. Cet aprem , j’ai pouffe bêtement sur le patronyme du chaperon rouge. Dans un wagon du métro 12, ça craint ?…. Ils ont du se dire: encore une nana bourrée.

    • Catherine DUFOUR
      7 mars 2015 at 14 h 49 min

      Oh non, ils dorment tous là dedans.

  13. stefderelaymiro
    7 mars 2015 at 8 h 21 min

    Désolé pour le premier commentaire « failed », et le second à la ponctuation aléatoire, écrire un commentaire, avec son fils de 2 ans sur les genoux ,peut être épique. Donc. Je vais commander ce guide dont le titre m’attire déjà. En attendant je rigole toute seule sur la banquette d ‘un métro. Pov’ Vareuse. Je fini par avoir honte de ne pas vous lu plus tôt. Comme quoi l’autopromotion c’est la solution.sur ce je retourne m’occuper de mon pti tyran domestique. Si il continue je vais en faire une grenouille.

    • Catherine DUFOUR
      7 mars 2015 at 14 h 48 min

      Ou une citrouille ? Bon métro.

  14. 20 mars 2015 at 16 h 20 min

    Je viens de le finir. amusants certains choix.
    sans hésiter : J’aurais voulu être Florence Aubenas, pas pour ses mésaventures, non.
    pour son humanité sa dignité et sa plume.
    J’aurais pu être Sextoy dans une autre vie, mais je suis nulle au violon.
    Si vus faites un second tome, j’ai 2/3 idées.
    Routier, kiosquière, joueuse de foot ou de rugby …. tout sauf princesse ou alors celle là:
    https://www.youtube.com/watch?v=4CBGiLgTYgM

  15. P.
    6 janvier 2016 at 17 h 43 min

    Bonjour,

    Il m’a fallut 20 ans pour rencontrer des filles qui ne voulaient pas être des princesses… Enfin presque, j’ai bien une de mes tantes qui n’a jamais voulu être une princesse (elle voulait être cascadeuse, ça n’a pas marché, mais l’ambition était là), mais elle ne comptait pas c’était déjà une adulte quand j’étais une adolescente, autant dire qu’à cette époque aucun adulte ne pouvait me comprendre… Comme tous les adolescents idiots du monde qui pensent qu’ils sont les seuls à souffrir…
    Et puis on m’offre votre livre, je trépigne, j’adore le titre, et puis je regarde l’auteur, j’adore l’auteure aussi (j’ai lu blanche-neige et les lances missiles, je me suis bidonnée). Je ne me suis toujours pas miraculeusement transformée en princesse, les princesses c’est nul et chiant, et moi je suis chiante mais pas nul et puis je déteste le rose. Je ne serais jamais une princesse, ce livre est pour moi, je le sais !
    J’ouvre le livre, ce livre qui parle de métier, pendant « une pause » à mon travail et je lis :  » en matière professionnelle, on a le droit d’évoluer, voire de bifurquer, et même de faire volte-face et de changer du tout au tout. » Ironie ? Moi qui m’ennuie tellement dans un boulot que j’ai rêvé de faire, parce que je n’ai rien à faire, mais rien à faire. A part tous les trucs que j’invente pour m’occuper et essayer d’être professionnelle et qui des fois ne suffisent plus. Psychologue, quand personne ne vient vous raconter ses malheurs c’est chiants comme la pluie.
    Bref tout ça pour dire que j’aime beaucoup ce que vous faites : votre écriture, votre humour et vos idées. Vous arrivez toujours à point nommé dans ma vie, même si ce n’est pas de votre fait 🙂

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