Cheng

Cheng

Mutoïde« Cheng vit probablement dans un entresol miteux en compagnie d’un garçon aussi jeune, beau et affamé qu’elle. C’est une grande fille de seize ou dix-huit ans avec un visage en forme de cœur, des yeux sérieux et de longs cheveux brillants. Pour le moment elle est dans sa chambre blanche et vide, assise en tailleur sur un grand lit occidental, un lit bas couvert d’instruments de musique et de bouteilles d’alcool japonais. Insouciante et à demi-nue, vêtue de dessous en vrai Coton bleu troués, elle joue de la guitare et de la cithare. Elle compose aussi, de jolies choses imitées de cui jian. Le jour, elle dort ou elle traîne dehors avec les mendiants du quartier, les petites vendeuses d’oxygène, les tontons seigneurs, les trafiquants de greffes frelatées, les dealers de psychotine. Peut-être y a-il encore des bouts de vrai ciel jaune au-dessus de sa rue ? Et qu’elle lève de temps en temps les yeux vers eux, tout en préparant deux bols de soupe aux nouilles sur le coin de son évier. La nuit, elle boit de la Bière à la paille parce que ça soûle plus vite et elle se produit dans des bars d’altitude, à l’aise parmi le pétillement des fractals rythmiques qui transforment la salle, les clients faits et refaits et l’écœurant ballet des fauteuils aérostatiques en ciel étoilé ou en vague déferlante. » (p. 131)

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