L’ivresse des providers

Voici la première page

La fée dans la basse-souche

Lu sur le web :

Patch trouvé sur le cadavre d’un agent intelligent

<b> vivent les spectres du web libre! </br>

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Il est généralement admis qu’à une époque lointaine la Terre était plate.

Elle flottait dans les abîmes insondables de l’espace comme une pièce de monnaie lancée en l’air qui n’aurait jamais réussi à retomber côté pile, ni côté face, ni sur la tranche.

La probabilité pour une pièce de monnaie de réussir un coup pareil étant incroyablement faible, la Terre se voyait, par un retour tardif de la Logique, encombrée de créatures dont les probabilités d’exister relevaient du même ordre de grandeur : faunes, nymphes, chimères, elfes, lutins et farfadets.

S’y ajoutaient un grand choix de dieux, à peu près autant de diables, des bataillons de paladins flamboyants armés d’épées névropathes, des ribambelles de hautes tours ténébreuses auxquelles les règles les plus élémentaires de l’architecture et de la gravité déniaient tout droit à l’existence (et qui traversaient quand même les siècles dans un ricanement rebelle) et enfin des escadrons de trucs volants : tapis, anges, grenouilles, fées, gragons, cités dans les nuages et oiseaux à quatre yeux dont deux derrière la tête — il fallait bien ça pour la survie de l’espèce.

Sans oublier les inévitables Créatures Abjectes des Abysses (ou des Abymes ou du Sub-Ether ou des Basses Dimensions selon les croyances) qui ont l’avantage d’être tellement innommables et inqualifiables qu’elles coûtent peu en frais de descriptions.

Les responsables de cette aimable confusion, à savoir les énergies tarabiscotées qui tire-bouchonnaient dans le champs d’improbabilité de la Terre, se donnaient des noms pompeux (Magie, Sortilège, Enchantement ou Volonté Divine, toujours selon les croyances) dont la définition commune peut se résumer par :

Jusque là ça va, mais ne demandez pas comment.

Il est généralement sous entendu qu’elle était plate, certes, la Terre, mais ronde. Aucune geste ne s’intitule « La Quête de l’Epée du Coin Droit », non plus que « Le Dit de la Dame de l’Angle Sud ».

Puis la Terre devint ronde. C’est à dire tout à fait ronde, ronde du dessus et du dessous en plus de ronde dans les coins. C’aurait pu se faire en douceur, au rythme planplan de la tectonique des plaques, mais au contraire ce fut plutôt soudain. Voire brutal.

Comme si Dieu avait claqué des doigts.

D’ailleurs certains prétendent que c’est exactement ce qu’Il fit.

Dans la foulée la Terre devint laïque. Ou disons qu’elle cessa de jouer avec des probabilités ridiculement proches de 10-20. Faunes, nymphes, diablotins, chimères, elfes, lutins, farfadets, anges, gragons, fées, sorts et enchantements disparurent subitement. Tapis volants et cités perchées dans les nuages connurent une fin hâtive. En un sens, ce fut une épouvantable catastrophe, un abominable cataclysme, la Fin d’un Monde sinon Du Monde.

Dans un autre sens les oiseaux purent enfin respirer. Les nuages aussi. Et les grenouilles, qui n’ont jamais eu le pied aérien. Et les propriétaires de maisons précédemment hantées. Les tours ténébreuses s’effondrèrent, les prêtres sombrèrent dans le charlatanisme et les hommes purent enfin se hacher menu sans que leurs arsenaux fassent de commentaires désobligeants.

Les nourrices et les conteurs se trouvèrent bien un peu à court, qui manquèrent brutalement de Créatures Abjectes surgissant au coin du bois pour faire rebondir les légendes molles du genou, mais dans l’ensemble tout le monde fut assez soulagé.

La version poche est . Le bouquin suivant est .

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3 comments for “L’ivresse des providers

  1. Max
    22 décembre 2014 at 12 h 00 min

    Il y a un an, la veille des vacances d’été, je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir lire. Comme j’en avais aucune idée, direction la bibliothèque du village, piochant un livre ou deux au hasard, pas vraiment convaincu. Parce que bon, quand on a épluché du fantastique à foison pendant l’adolescence on finit par plus être très emballé…
    Puis, en cherchant dans les basses strates des rayons, je tire un livre aux couleurs étranges. « Blanche Neige et les lances missiles ». Trouvant le titre plutôt fun, je l’empreinte.
    Mais si j’avais su ! Un an plus tard je me tort de rire devant le deuxième tome, devient fan inconditionnelle de Palcopie (pourquoi lui d’ailleurs ?), cherche Posper dans les tableaux de Hopper, apprends l’informatique et réussi à convertir mes amis à la folie de ces bouquins. Ha et comme j’ai conscience de mon retard, je cherche aussi activement les autres tomes (« Ha ouiii celui là on connait ! Mais on l’a pas. » Et vous pouvez le commander ? « Non il est plus édité. » Humph. « Pardon ? » Non rien.)
    Enfin voilà, tout ça pour vous dire merci, j’ai jamais autant apprécier la lecture d’un livre fantastique !

    PS : petite question, le troisième tome c’est Merlin l’ange chanteur (« Merlin l’enchanteur ? » Non, l’ange chanteur, vraiment vous n’y comprenez rien…) ou Blanche Neige contre Merlin l’enchanteur (« Blanche Neige contre Merlin l’ange chanteur ? » Non, l’enchanteur, mais vous le faîtes exprès !) ou les deux ?

    • Catherine DUFOUR
      22 décembre 2014 at 12 h 13 min

      Merci beaucoup pour votre message. Vraiment. En fait, la série « Quand les dieux buvaient » comporte quatre tomes : « Blanche-Neige et les lance-missiles », « L’ivresse des providers », « Merlin l’ange chanteur » et « L’immortalité moins six minutes », parus chez Nestiveqnen et probablement épuisés. Mais ils sont ressortis au Livre de poche en deux tomes : « Blanche-Neige et les lance-missiles » (les deux premiers) et « Blanche-neige contre Merlin l’enchanteur » (les deux derniers) et ceux-là sont tout à fait dispo. Je vous souhaite de très bonnes fêtes.

  2. Max
    22 décembre 2014 at 14 h 20 min

    Merci pour la réponse (super rapide d’ailleurs !)
    Je vais donc me pencher sur cette deuxième partie de série avec plaisir !
    Bonne fêtes à vous aussi et bonne continuation !

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