Le cygne de Bukowski

Cygne de Bukowski

in D’ici à nulle part, hommage à Bukowski, Ed. Eden, 2004.

Dédicacée à M-Pi, avec qui je me suis tapé 5000 km de champs de maïs, de Manhattan à San Francisco. Les Etats-Unis, c’est grand.

 

L’immeuble de la 44ème était un monstre délabré, le genre de truc tout droit sorti de Blade Runner ; massif, pseudo-gothique et raide de crasse, pas entretenu depuis 1930, avec des vieux cinglés qui se baladaient à poil à quatre heures du matin, des fumeurs de crack en tas dans les couloirs et des draps pourris de sang, de sueur, de merde et de pisse, et sûrement aussi de bave mais ça se voit moins. Une petite black en tablier bleu était passée dans le couloir tandis que je secouais les draps, pour voir s’il y en avait pas un moins pire qu’un autre, vu que le matelas était spongieux de foutre. Elle était entrée, elle avait dit : « Pigs ! All pigs ! », et elle m’avait lancé une paire de draps propres. Pour la remercier, je lui avais refilé une caissette de fraises toutes fraîches, je sais pas trop pourquoi ni comment j’avais ça sur moi. Et deux paquets de cigarettes. Après j’avais essayé de dormir, dans la chaleur plombée de Manhattan, les klaxons des taxis et les cris des putes qui se faisaient bastonner sur la 44ème. C’est comme ça qu’il tient, l’immeuble du YMCA de la 44ème : au dos des putes, et sur des amoncellements de poubelles.

C’est pour ça que je suis allée à Harlem. Plus au nord. Plus frais.

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