Un temps chaud et lourd comme une paire de seins

Un temps chaud et lourd comme une paire de seins

in Utopiales09, Ed. ActuSF, 2009

Outrageusement imité d’Ellroy, un monde où les femmes sont plus agressives que les hommes, et les noirs plus riches que les blancs. Et alors ? Alors rien.

 

Ulalee a été affectée au service des prisonniers, à Seola County Jail.

Seola l’a fait vieillir vite. Son étage était celui de la mort blanche. Les hurlements des détenues en attente de peine faisaient vibrer les plaques d’isolant. Ulalee ne les entendait pas, mais elle sentait le sol trembler sous ses pas, pendant ses rondes.

Jusque là, comme tous les Américains, Ulalee trouvait que la mort blanche était un sort plus doux que la peine de mort. Comme beaucoup d’Américains, Ulalee trouvait que c’était parfois un sort trop doux. A Seola, elle a compris que la perspective d’être plongée dans un coma de plusieurs dizaines d’années était une torture comme une autre.

Dans les autres étages de Seola, Ulalee a démonté les rouages sociaux du crime. Les cellules étaient remplies de petites Noires à qui la déchéance sociale apprenait la haine, et de Blancos du sud et du nord qui avaient la haine parce qu’elles n’avaient jamais rien eu d’autre. Elles se tiraient dans les pattes parce que ça les occupait, et parce qu’elles n’avaient pas l’intelligence de faire autrement. Prisonnières d’un jeu truqué, elles respectaient leur part du scénario avec exactitude. Elles en arrivaient à se neutraliser mutuellement, et le système carcéral fonctionnait dans l’huile. Ulalee et ses consoeurs se contentaient de tenir la burette.

A la sortie, ces filles s’avéraient incapables de reprendre un mode de vie normal. Elles replongeaient immédiatement, ce qui permettait de maintenir le budget de réinsertion au plus bas, et les primes des matonnes au plus haut. Sans approuver, Ulalee appréciait.

Jusque là, Ulalee croyait que finir en cellule était affaire de choix personnel. Elle a compris que le choix était un luxe dans lequel on naissait, ou pas.

Ulalee a aussi appris que les plus dangereuses n’étaient pas les grandes tiges adeptes de la salle de sport, mais les maigrichonnes aux dents pourries. Elle a dû intervenir dans plusieurs tentatives de viol au poing, commises par des gamines qui faisaient la moitié de son poids. Elle a dû veiller sur Torri Mae, dont tout Seola voulait la peau. Ulalee a compris que le taux d’adrénaline n’avait rien à voir avec la taille, ni avec la couleur.

Elle a appris que les leaders étaient souvent de grosses femmes muettes aux paupières lourdes, capables d’écraser une adversaire sous une seule cuisse.

Un autre extrait ?

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