La vie sexuelle d’Alfred de M.

Alfred de Musset traîne après lui, comme une lourde rapière, une réputation légère. Il ne mérite ni cet excès d’honneur ni cette indignité, mais les imbéciles semblent y tenir. Ainsi Maurice Barrès (1) :

Du jeune Musset le nom sonne et craque comme les bottes vernies d’un dandy fringant.

Etrange oreille, qui entend sonner la mousse et craquer le menuet. D’accord, vue par le petit bout de la lorgnette, l’image de Musset en dandy craquant n’est pas fausse. Elle recouvre simplement quinze années de vie publique sur quarante sept ans d’existence. Le vrai Alfred de M. cache sous ce frac trop court ses bouteilles, ses manuscrits, ses nerfs et ses syphilides. Mais peu importe. Je ne suis pas là pour vous parler de ses bottes mais de son cul.

Des roses plein le berceau

Alfred de M. nait en 1810 dans une famille aimable. Son arbre généalogique est fantasmagorique : on y croise Jeanne D’Arc, Du Bellay et Cassandre Salviati, celle de Ronsard. « Mignonne allons voir si la rose », la mignonne, c’est elle. Alfred est un petit garçon séduisant et séducteur. Il s’amourache de toutes les fillettes qu’il rencontre et se fait très tôt casser la gueule par des confrères jaloux.

Nous voici en 1812. La famille Musset vient d’emménager en bordure du jardin du Luxembourg. C’est sous ses grands arbres, vautré sur ses vastes pelouses que Musset, plus vernis qu’un parquet, passe une enfance studieuse et une adolescence exaltée. Il se bourre de livres, tel Lorenzaccio dans les ruines du Colisée antique. Au quotidien, il fait déjà preuve de – quoi ? Hypersensibilité ? Nervosité ? Bref, il a ses crises.

Il entre au collège à neuf ans, à Henri IV je crois. C’est un excellent élève, c’est aussi un gros polar qui travaille d’arrache-pied – un défaut qui lui passera absolument. Il copine avec le fils de Louis-Philippe, ce qui lui donne l’occasion de tirer les chiens de chasse du futur roi comme de vulgaires lapins.

A quinze ans, quelle idée ? Son père l’emmène attraper la syphilis au bordel. C’est, disons-le, aussi déterminant dans une vie que « il contracte le sida » ou « il développe une sclérose en plaques » mais nous l’avons oublié. Que dit Bill Bryson (2) à propos de la syphilis ?

Elle fut longtemps une maladie particulièrement angoissante à cause de cette façon qu’elle avait d’apparaître et de disparaître sur trois périodes dont chacune était pire que la précédente. La période primaire se caractérisait ordinairement par un chancre génital disgracieux mais indolore. Quelque temps après lui succédait la période secondaire, marquée par des troubles divers tels que douleurs de toutes sortes et chute de cheveux. [Il oublie de très reconnaissables éruptions de boutons qui touchaient souvent le visage.] Pour deux tiers des personnes contaminées, c’était fini. La maladie était passée. Pour le malheureux dernier tiers, en revanche, le plus horrible restait à venir. L’infection pouvait demeurer latente pendant vingt ans avant que ne surgisse la période tertiaire – ce calvaire innommable.

Plus de détails affreux ici et un exemple suintant de vérité ici. (Ah ! Les moulages de la Bium.)

A 17 ans, Musset remporte une foule de prix scolaires. Toutes les carrières lui semblent ouvertes, y compris celle de peintre de génie, du moins est-ce l’opinion de Delacroix « si naturellement il voulait s’en donner la peine. » Il a aussi un talent prometteur en musique bref, tout le monde attend de lui des merveilles. Epic fail :

De ce jour, Alfred de Musset ne fera strictement plus rien, et en tout cas pas des études. » (3)

Il vivra aux crochets de sa famille beaucoup, de sa plume un peu, de ses amis tant qu’il en aura et puis voilà.

Naissance d’un blondin

1828. Musset a dix-huit ans. C’est l’année où il découvre André Chénier. C’est décidé, il sera poète. Son premier poème est publié par Aloysius Bertrand, pas moins, dans une modeste feuille de chou.

La lune ronde et chauve
M’observait avec soin
De loin ;
Et ma pensée agile
S’en allant par degré,
Au gré
De mon cerveau fragile,
Autour de mon chevet
Rêvait…

Il aurait aussi bien pu s’en tenir là.
Dans la foulée, il publie une traduction des Confessions d’un mangeur d’opium de De Quincey. Belle moisson de printemps. Pour finir l’année, il commence à fréquenter Hugo et son Cénacle romantique, pour ne pas dire son fan club : Sainte-Beuve, Lamartine, Vigny, Mérimée. L’ambiance apologétique de ce cercle le crispe très vite, il se « déshugotisera » sans peine. Plus largement, l’enflure romantique le gonfle, autant que les petits cris outragés du camp d’en face, les classiques. Et comme il a un humour féroce, il écrira à leur propos :

Salut, jeunes champions d’une cause un peu vieille

ce qui n’est pas gentil. La suite ne l’est pas davantage :

Salut, jeunes champions d’une cause un peu vieille,
Classiques bien rasés, à la face vermeille,
Romantiques barbus, aux visages blêmis !
[…]
Salut ! – J’ai combattu dans vos camps ennemis.
Par cent coups meurtriers devenu respectable,
Vétéran, je m’assois sur mon tambour crevé.

Cette année là, il décroche aussi sa première maîtresse à la mode, la marquise Angélique de la Carte.

angelique
Il découvre assez vite qu’il la partage avec la moitié de Paris, ce qui lui brise le cœur, l’âme et le reste (4). Mais enfin, il est jeune, beau et lancé dans le Monde.

Beau ? Tous les témoins du temps font de Musset la même description flatteuse quoique. Charles Yriarte :

Un grand garçon, svelte, un peu excentrique, vêtu d’un habit bleu à boutons d’or, d’un gilet blanc et d’un pantalon gris, les cheveux au vent, l’oeil vif, le nez un peu pincé et le chapeau à quarante-cinq degrés.

G.-E. Haussmann :

Un très joli garçon, blondin, de taille élancée, très recherché dans sa tenue.

Gustave Planche :

Un jeune blondin, un homme du monde, un élégant portant touffe de cheveux d’un côté, chapeau sur l’oreille de l’autre, taille de guêpe, l’air fat, haut sur talons, dédaigneux des petites gens comme nous et coqueluche des plus jolies femmes de Paris.

Théodore de Banville :

Sans barbe, alors, et tout resplendissant d’une gloire juvénile, ce nez aquilin trop long et trop busqué, cette petite bouche aux lèvres amoureuses faites pour les baisers, ce puissant menton byronien, et cette épaisse, énorme, violente, fabuleuse chevelure blonde, tordue et retombant en onde frémissante.

Adèle Hugo :

Un gentil garçon, à la taille déliée, aux cheveux d’un blond de lin, au regard ferme et clair, aux narines dilatées, aux lèvres vermillonnées et béantes.

Elle parle aussi de figure « un peu chevaline. » Faites-vous votre propre opinion avec la médaille réalisée par David D’Angers

musset 20 ans

et, comme Musset ne manque pas d’humour, avec son autocaricature.

caricature

Le verdict, je crois, est sans appel : Musset est un grand blond aux yeux bleus mais enfin, il a du menton, de la lippe et du nez. Et aussi, un tailleur qui a retenu les leçons de Beau Brummel (« de la sobriété avant toute chose »).

Le prince de la jeunesse

A l’époque, être « lancé dans le Monde » signifie « sur les grands boulevards » : le boul’ des It’ et alentour. C’est the place to be au XIXème siècle. Balzac en fera des pages voire des romans, Zola et Maupassant aussi. Bel ami ne commence pas sa carrière ailleurs. On y trouve les grands cafés, notamment les cafés Hardy et Riche dont on dit qu’ « il faut être riche pour aller chez Hardy et hardi pour aller chez Riche ». On y tranlote des bains chinois au Jockey en passant par le glacier Tortoni, l’école de natation du Pont-Royal et le bal de l’Opéra pour finir au tripot puis au bordel. Musset y croise Nerval qui promène son homard, Alexandre Dumas qui s’empiffre comme une bétonneuse et l’ombre littéraire de Rastignac.

En ses commencements dans le Monde, Musset est enthousiaste. Celui qu’on surnomme le Prince de la jeunesse n’arrive pas à compter ses appétits.

Il faut, en ce bas monde, aimer beaucoup de choses [….]
Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,
Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.

A peu près tout y est, quoique pas nécessairement dans l’ordre. Il précise plus loin :

Aimer est le grand point, qu’importe la maîtresse ?
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

Quand on est joli, célèbre et doté de principes pareils, que voulez-vous embrasser comme carrière sinon celle de serial fucker ? Mais pas celle de Don Juan. Musset évite absolument les jeunes filles. Même quand l’une d’entre elles pénètre nuitamment dans sa chambre, toute chavirée d’excitation, il la raccompagne chez elle avec un respect de célibataire qui a bien l’intention de le rester.
N.B.: Il y a pourtant un grand absent dans la liste de Musset, sauf à supposer que l’Océan dont il parle prenne sa source en Bourgogne ou en Champagne ; c’est l’alcool. La métaphore du flacon est plus transparente : Musset boit, boit, boit, il boit comme un tas de sable.

Shakespeare ou rien

1830. A 20 ans, Musset entre en littérature à succès avec les Contes d’Espagne et d’Italie.

C’était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune,
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre,
ta face et ton profil ?

Par contre, sa première pièce de théâtre est un tel four qu’il ne remettra les pieds sur les planches que 20 ans plus tard. Et puis qu’importe ? Paris lui ouvre ses draps en grand. Il y plonge et enchaîne les aventures. Entre deux cavalcades, il se confie à son frère Paul – il semble même qu’il lui raconte absolument tous les détails. Hélas, l’oubli les a jetés dans sa hotte pour les rendre à l’éternité puisque, minaude Paul, « toutes ces historiettes m’ayant été confiées sous le sceau du secret, j’ai dû les oublier ». C’est beau mais c’est dommage car, précise avec cruauté cet abruti, « plus d’une auraient fait envie aux Bassompierre et aux Lauzun. » Il veut parler de mauvais tours tels qu’on en trouve dans les Liaisons dangereuses.
Pour se défatiguer des dames de qualité, Musset devient un habitué des bordels. Serviable, il se fait même le factotum de Sainte-Beuve, le jour où celui-ci ose sa première visite. En connaisseur, Musset leur choisit deux jeunes femmes pour la nuit, l’une fort jolie, l’autre beaucoup moins – et se garde la plus belle. Une fois les deux couples retirés chacun dans une chambre, Sainte-Beuve n’a « par égard » pas le cœur de renvoyer sa compagne, « non belle selon moi ». Il passe une nuit interminable à chercher l’inspiration et à ne la trouver pas.
C’est une chose qui arrive aussi à Musset. En piste avec Sainte-Beuve, Delacroix et Mérimée, il prend le pari de « baiser une fille en public au milieu de vingt-cinq chandelles » au café Riche (la gageure est de baiser comme on soupe, aux chandelles). Hélas, trop saoul, il ne trouve pas sa braguette. De retour dans sa chambre, un peu échauffé, il écrit Gamiani ou deux nuits d’excès, récit pornographique inspiré du XVIIIème, hélas davantage côté Sade (quel ennui) et Restif de la Bretonne (bis), que Denon et Crébillon. Objectif ? Offrir, à un public averti, de l’indécence décemment écrite. Résultat ? Des nonnes et des ânes en rut, des fouets, des moines, des cunnilingus et toute la ménagerie.
Tout ça ne plait guère à la redoutable Opinion publique, qui le fait savoir à l’Auteur. Lequel répond, et cette désinvolture est probablement ce qu’il a eu de courage en ce monde :

On me demande par les rues
Pourquoi je vais bayant aux grues,
Fumant mon cigare au soleil,
A quoi se passe ma jeunesse
Et, depuis trois ans de paresse,
Ce qu’ont fait mes nuits sans sommeil ?

La réponse est dans le vers suivant :

Donne-moi tes lèvres, Julie.

Musset a décidément choisi entre ses appétits : au diable les bonbons et les roses, il se consacrera au cul. Il aime ça. Il adore ça. Et conclut son poème par une splendide déclaration d’intention :

Puisque c’est par toi que j’expire,
Ouvre ta robe, Déjanire,
Que je monte sur mon bûcher !

La paresse fait-elle aussi partie de ses appétences ? Difficile à savoir. On l’a beaucoup dit, lui le premier. Un de ses amis explique que « son grand travail consiste à savoir si, étendu dans son vaste fauteuil, il se décidera à mettre sur la cheminée sa jambe gauche plutôt que sa jambe droite. » Mais vous savez comme moi que les plus acharnés travailleurs sont des sournois qui prennent des pauses mourantes et triment en cachette, on ne sait trop pourquoi.

Choléra and Co

Le 8 avril 1832, monsieur Musset père se lève gaillard de bon matin, se sent bizarre sur le coup de midi et meurt au soir. Du choléra. Une certaine gravité rattrape son fils de 22 ans qui décide de se mettre sérieusement au travail. Il tiendra parole autant que la – les – maladies (alcoolisme, dépressions en boucles, bouffées délirantes, un peu de tuberculose par là-dessus, sans compter les MST) le lui permettront. A savoir, une huitaine d’années.

Du coup, début 33, il publie coup sur coup Le spectacle dans un fauteuil et un long poème, Rolla – qui est, entre parenthèses, le plus pompeux de tous les hymnes au pognon :

– Il faut que je me tue.
– Vous avez donc joué ?
– Non, je suis ruiné.

Les deux volumes traitent du même sujet, et toute l’oeuvre à suivre de Musset ne parlera pas d’autre chose : le blues de Don Juan.
Musset a pour mérite d’avoir créé le séducteur sanglotant, qui séduit parce qu’il pleure et qui pleure parce qu’il séduit. Avant lui, on ne connaissait que deux races de Don Juan : Don Beauf, le bon vivant qui ripaille, étripaille et pinaille, et Don Psycho. Froid, calculateur, cruel, celui-ci apparaît dans la littérature sous les traits de Lovelace ou de Valmont. Dans la vraie vie, ces hommes qui harcelaient bruyamment les femmes qui ne voulaient pas d’eux et se dérobaient devant celles qui voulaient bien, étaient souvent des homosexuels contraints de cacher sous un vacarme sévèrement burné des penchants qui sentaient le bûcher.
Arrive Musset qui invente, coup de génie ! ce que Titiou Lecoq appelle « le connard merveilleux » (5). « Ce qui attire la fille, ce n’est pas le connard, c’est la possibilité de le sauver, de le dé-connardiser. » Et Lecoq cite « Musset et tous ses héros », allant même jusqu’à traiter Lorenzaccio de « connard à fort potentiel érotico-rédemptif ». Trustant les livres, les films, les séries et le reste de la production à romance inside sous l’appellation de bad boy, Don Sanglotan est devenu un poncif. Mais en 1833, c’était l’oeuf du jour.

Sand – Introït

Un beau soir de juin de la même année, près du Palais Royal, à un dîner enfumé de journalistes, Musset se retrouve assis à côté d’une jolie brune de 29 ans : George Sand. Il se perd rapidement « dans une extase infinie ». Elle aussi.
Ils mettront un bon mois à se l’avouer, elle lui offrant de « l’amour moral », et lui jurant qu’il ne peut être pour elle qu’ « une espèce de camarade ». Ils s’envoient leurs livres respectifs, se contr’envoient des appareils critiques à triple sens et enfin, il lui écrit : « Mon cher George, j’ai quelque chose de bête et de ridicule à vous dire. » Sans blague. Elle fait encore un peu la coquette, et lui aussi : « Aimez ceux qui savent aimer, je ne sais que souffrir. » Fin juillet, l’affaire est pliée et fourrée de lavande dans un appartement de la place Saint Michel.

On a beaucoup brodé sur les préliminaires de cette liaison. Je connais des lettres de Sand à Musset et de Musset à Sand dont je ne sais toujours pas si elles sont apocryphes. Je présume que oui ; je les cite quand même. Il y a l’assez grasse De Sand à Musset (lire une ligne sur deux)

Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j’ai
bien compris l’autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l’affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l’abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement.

Et le plus subtil échange acrostiche De Musset à Sand

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots,
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Réponse

Cette indigne faveur que votre esprit réclame
Nuit à mes sentiments et répugne à mon âme

Ce qu’il faut retenir de ces échanges, c’est que dès leurs prémices, les amours de ces deux auteurs jeunes, beaux et célèbres sont vouées à une totale publicité. (Ils sont au courant, soyez-en assurés.)

Au début de leur liaison, Sand et Musset sont heureux. Seul couac : une ballade dans les gorges de Franchard, près Fontainebleau, début août, pendant laquelle Musset fait une de ses fameuses crises. Il voit passer, vieilli et hagard, la face dévastée, « un étranger vêtu de noir » qui lui ressemble comme un frère. Et qui écrira le meilleur de sa poésie :

Partout où j’ai voulu dormir,
Partout où j’ai voulu mourir,
Partout où j’ai touché la terre,
Sur ma route est venu s’asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
[…]
– Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin ;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude.

Personnellement, ce double au visage détruit – la vérole, rappelez-vous, est une MST à symptômes puissamment dermatologiques – me fait penser à celui de Dorian Gray. On ne dira jamais assez de bien des antibiotiques.

Collection de photos médicales du Dr. John A. Fordyce, léguées aux archives historiques américaines (Historical Archives of “National Museum of Health & Medicine”)

Collection de photos médicales du Dr. John A. Fordyce, léguées aux archives historiques américaines (Historical Archives of “National Museum of Health & Medicine”)

 A Practical Treatise on Diseases of the Skin. John V. Shoemaker, 1892.

A Practical Treatise on Diseases of the Skin. John V. Shoemaker, 1892.

 Le réalisateur Oliver Parker, dans son film "Dorian Gray" sorti en 2009, s'est assez bien inspiré des ravages réels de la syphilis pour peindre le fameux portrait.


Le réalisateur Oliver Parker, dans son film « Dorian Gray » sorti en 2009, s’est assez bien inspiré des ravages réels de la syphilis pour peindre le fameux portrait.

A Franchard, Sand avale sa première couleuvre. Ce ne sera pas la dernière, on s’en doute. Heureusement pour elle, cette femme qui s’est séparée à la force du poignet d’un mari alcoolique violent, qui élève seule ses deux enfants et qui vit de sa plume, a la tête sur les épaules et les épaules solides. Quant au phénomène de dédoublement qui a atteint Musset, il s’appelle autoscopie et se retrouve souvent dans les récits d’intersignes – les signes avants-coureurs de la mort.

Vous connaissez ce double sous le nom de zombie. On le rencontre aussi en Afrique, traînant les pieds, les yeux et les poings fermés, le teint gris, la tête penchée et la bouche mal fermée. En clair, si vous vous croisez un jour vous-même dans la rue avec un air malengroin, rentrez vite chez vous, brûlez vos papiers, déshéritez votre neveu, nourrissez le chat, ouvrez la cage aux oiseaux, enfilez vos plus beaux dessous ou toute autre chose qui vous semble définitive. Ensuite, consultez.

Sand – Allegro ma troppo

En attendant que le temps se gâte à nouveau, Musset et Sand vivent heureux sur un mode plutôt incestueux et tout à fait littéraire. Elle joue à la maman indulgente, il joue à l’enfant gâté, ils partagent la vie de bohème dans un appartement du quai Malaquais, au bord de la Seine, avec Balzac, Sainte-Beuve, Mérimée, Dumas, Heine, Marie Dorval (future Vigny), Marie d’Agoult (future Liszt), juste ça. Que font tous ces jeunes gens, à une époque où on ne dispose de rien, pas même d’électricité pour éclairer un apéro ? Ils discutent, ils s’entre-dessinent (Musset invente, parait-il, la bulle, promise à un bel avenir dans la BD) ils font de la musique et des blagues élaborées, avec des déguisements.

Sand par Musset

Sand par Musset

C’est bien la première fois depuis des années que Musset passe des soirées paisibles au lieu de courir les bordels. Par conséquent, trois mois plus tard, il commence à parler de courir l’Europe. En commençant par l’Italie. Ah ! Venise…
Ils partent en décembre – quelle idée ? En chemin, ils copinent avec un gros bonhomme mal emballé, survolté et hilarant : Stendhal. Enfin, pour le premier janvier 1834, Venise est en vue ! Et Sand attrape la tourista. Elle sanglote de vexation : « Tout ce qu’on dira de nous à Paris, c’est que nous avons eu la foire ! »
Si c’est au pied des ennuis qu’on apprend ce que vaut quelqu’un, Musset est surcoté à dix centimes. La maladie de sa compagne le contrarie et il le fait savoir. Il la rabroue (« c’est bien triste et bien ennuyeux, une femme malade »), soupire, contemple ses pieds et finalement, s’en va découvrir les bordels vénitiens, les Mémoires de Casanova sous le bras. Résultat, début février, c’est lui qui doit prendre le lit.
Musset n’est pas un malade paisible. Contrairement à Sand, qui tâchait sagement de terminer ses livres entre deux coliques, lui rue dans les brancards de la fièvre. Il hurle, voit des fantômes, pleure, délire, court nu dans la chambre, casse la gueule aux infirmiers, convulse et dit des gros mots. Il essaye aussi d’étrangler Sand ou de l’embrasser, on ne sait pas bien, et braille qu’il ne l’aime plus. Alors elle fait appel à un médecin, Pagello, qui assomme Musset avec du laudanum, pan !

Le paisible Pagello

Le paisible Pagello

Pagello ne parle pas français, Sand ne parle pas italien, ils passent des heures côte à côte au chevet de Musset, comment croyez-vous qu’ils se désennuient ? Entre deux comas, Musset les surprend. Ou plutôt, il surprend une tasse. A son chevet, ils sont deux à prendre le thé et il n’y a qu’une seule tasse ! c’est donc qu’ils sont amants. Telles sont les moeurs du temps. Désespéré, Musset rechute tandis que Sand s’échappe. Elle découvre avec Pagello la grâce des interminables promenades en gondole et la beauté des « chapelles dressées sous la vigne », le tout « sans avoir besoin d’autre lit jusqu’au matin que la dalle blanche encore tiède des feux du jour. » Bref, elle aussi profite enfin de Venise.
Musset, rétabli, tanne Sand pour qu’elle avoue. Elle avoue. Il la traite de « catin désolée », d’« infâme prostituée », la séquestre et la menace de mort : « si tu sors, je plaquerai sur ta tombe une épitaphe à faire pâlir ceux qui la liront ! » Contrainte et forcée, Sand endure : « Ma vie est affreuse auprès d’Alfred. » Les idées de Musset sont bien arrêtées : c’est lui ou rien. « Je ne t’aime plus ; c’est le moment de prendre ton poison ou de te jeter à l’eau. » Mais brusquement, il se calme. Ce champion du virage à 90° accepte la fin de leur histoire, accepte l’existence de Pagello (« Brave jeune homme ! ») et va jusqu’à souhaiter au nouveau couple tout le bonheur du monde. C’est tout juste s’il n’applaudit pas.
Deux ans plus tard, il publiera Confession d’un enfant du siècle, son unique roman. Exclusivement consacré à cette partie de sa liaison avec Sand, ce récit est un monument d’enjolivement posthume :

De temps en temps il [le beau héros] contemplait le ciel, puis revenait à son amie, et des larmes brillaient dans ses yeux ; mais il les laissait couler sur ses joues et souriait sans les essuyer.

Avec candeur, Musset nous livre le portrait en pied d’un pervers narcissique :

La femme [la belle héroïne] était pâle et pensive ; elle ne regardait que son ami. Il y avait dans ses traits comme une souffrance profonde qui, sans faire d’efforts pour se cacher, n’osait cependant résister à la gaîté qu’elle voyait. Quand son compagnon souriait, elle souriait aussi, mais non pas toute seule ; quand il parlait, elle lui répondait, et elle mangeait ce qu’il lui servait ; mais il y avait en elle un silence qui ne semblait vivre que par instants. À sa langueur et à sa nonchalance, on distinguait clairement cette mollesse de l’âme, ce sommeil du plus faible entre deux êtres qui s’aiment, et dont l’un n’existe que dans l’autre et ne s’anime que par écho.

Fin mars, au grand soulagement de tout le monde, Musset quitte Venise. Sand l’embrasse sur le front et va retrouver Pagello, ouf.

Sand – Furioso

Musset est de retour chez lui en avril. Il ne va pas bien du tout et écrit des lettres désespérées à Sand. Qui lui répond sur le même ton. Ils s’échangent des déclarations moites, absolument sincères et dont ils savent tous les deux qu’elle seront un jour publiées dans la Pléiade – autant vous dire qu’ils soignent le style. Jamais amour échevelé ne parada autant devant un lectorat putatif. Il lui donne de « l’unique amie », elle l’appelle « mon enfant » ; il lui avoue « je t’aime encore d’amour », elle répond « j’entends ta voix m’appeler dans le silence de la nuit », il versifie « porte ta vie ailleurs, ô toi qui fus ma vie », enfin ils se montent terriblement la tête. Il va chez elle pour respirer l’odeur de ses robes et brouter ses mégots de cigare, elle rentre de Venise en août avec Pagello puis renvoie Pagello à Venise. Le scénario SM est prêt à recommencer. (Si ça vous intéresse, sachez que Pagello deviendra un chirurgien reconnu, un père de famille nombreuse et un assez bon poète avant de mourir à plus de 90 ans.)

Septembre 34. Le scénario SM recommence en effet. Certains exégètes parlent de « fureur érotique », d’autres d’« intensité érotique jamais atteinte à ce jour. » Elle dure deux mois et demi. Musset ne sort du lit que pour vomir des injures – il a toujours eu le post-coïtum triste.

Quand le corps assouvi, l’âme s’est réveillée,
Et que, comme un vivant qu’on vient d’ensevelir,
L’esprit lève en pleurant le linceul du plaisir.

et autre

Je me souviens encor de ces spasmes terribles,
De ces baisers muets, de ces muscles ardents,
De cet être absorbé, blême et serrant les dents.
S’ils ne sont pas divins, ces moments sont horribles.

Que reproche-t-il à Sand ? De n’être ni assez sentimentale (c’est à dire, de ne pas mourir pour lui en pleurant comme un seau) ni assez sexfiend (elle n’a pas son expérience du bordel). En clair, il lui reproche de de ne pas être lui.
Quant à Sand, elle sent peu à peu craquer sa défroque poussiéreuse d’amante maternante qui endure tout avec douceur et résignation, sexe compris. D’abord parce que, même de loin, les crises de Musset ne peuvent plus être confondues avec des colères d’enfant ou des délires de fiévreux : sous l’empire de l’alcool, il commence à frapper. Ensuite parce que Musset baise bien et très bien, trop bien pour que Sand puisse encore ne coucher que par dévouement. Entre deux nuits blanches rougies de cris, elle reste lucide : « Tout cela, c’est un jeu que nous jouons. » Irrémédiablement pratique, même entre les dents de la passion, elle propose : « Veux-tu que nous allions nous brûler la cervelle ensemble à Franchard ? » Mi-novembre, Musset rompt. Sand ne le supporte pas, du tout :

Quel est ce feu qui dévore mes entrailles ? Il semble qu’un volcan gronde au dedans de moi et que je vais éclater comme un cratère. O Dieu, prends donc pitié de cet être qui souffre tant !… O mes yeux bleus, vous ne me regardez plus ! Belle tête, je ne te verrai plus t’incliner sur moi et te voiler d’une douce langueur ! Mon petit corps souple et chaud, vous ne vous étendrez plus sur moi, comme Élisée sur l’enfant mort, pour me ranimer. Adieu mes cheveux blonds ! Adieu mes blanches épaules ! Adieu tout ce que j’aimais, tout ce qui était à moi ! J’embrasserai maintenant dans mes nuits ardentes le tronc des sapins et des rochers, dans les forêts, en criant votre nom ; et quand j’aurai rêvé le plaisir, je tomberai évanouie sur la terre humide !

Tout cela. Elle coupe à ras ses longs cheveux noirs, les dispose dans un crâne qu’elle envoie à Musset. Il trouve le paquet follement classe et renoue au nouvel an. Pour le pire, bien sûr. Mi-février 35, Musset menace Sand d’un poignard devant ses deux enfants à elle (11 et 6 ans) : game over. Sand rompt et n’y reviendra plus. Musset l’apercevra une fois, une seule, de loin, dans un théâtre ; il se cachera pour ne pas la croiser.
Bien plus tard, assure Gonzague Saint Bris, on trouvera dans les archives de la petite-fille de George Sand un ferrotype au dos duquel Sand a marqué : A. de Musset. C’est la seule photo qui existe de lui.

musset photo

Ma dope ma coke mon crack mon amphétamine, Caroline

Sand partie, c’est au tour de Musset d’en baver des morgenstern – environ deux semaines. Dans la douceur du printemps nouveau, il pleure. Puis il sèche sa « joue amaigrie », mouche son long nez et va promener sa pâleur intéressante dans les salons des dames de la haute. Parmi elles, Caroline Jaubert, née d’Alton-Shée. Elle est toute petite, pas très belle mais elle a de la poigne. Elle secoue Musset bien plus qu’elle ne couche avec – d’ailleurs, il a interdiction de lui parler d’amour. Grâce à elle, il retrouve un minimum d’humour :

Vous me reprochez de ne pas travailler. Voulez-vous me permettre de vous dire mes raisons ? Combien d’amis ? Zéro, ni chien, ni chat. Combien de maîtresses ? Pas la plus imperceptible apparence. Combien d’argent ? Trente sous, et la permission de me déshonorer en jouant sur parole, quel doux sentier semé de fleurs. Bonsoir madame, ma verveine est morte, mon voyage manqué, ma tête vide et quant à mon coeur, je ne sais où il est.

(Pour ce qui est de la place de l’amitié dans sa vie, Musset a été clair : « Or bien décidément, je n’en veux pas ; c’est assez de l’amour, et puis je n’ai pas le temps. » Quant à l’argent, c’est simple : Musset vend peu, joue gros jeu, et perd.)
Avec Caroline, Musset retrouve aussi l’inspiration : en août, il publie Lorenzaccio. Il sort aussi sa première Nuit (« Prends ton luth ! prends ton luth ! »), celle qui renferme ce chef d’œuvre de mauvais goût qu’est Le pélican – au point que j’ai longtemps cru que c’était du Hugo.

Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s’abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L’Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son coeur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d’horreur.

L’incipit du Pélican est le célébrissime :

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.

Mousse et pampre

Automne 1836. Toujours aux aguets, Musset repère à sa fenêtre une jolie Louise de modeste condition : on dit « une grisette ». Il l’emmène dans une petite maison de campagne, passe deux mois à l’horizontale cueillir des fleurs en gambadant sur la mousse puis, « redevenu odieux comme il sait l’être », il la ramène dans sa chambrette. Il aura beaucoup d’aventures comme celle-là, du genre qui habite « à un étage qui me fait tourner la tête quand j’y pense. » (Car à l’époque, faute d’ascenseur, l’étage noble est le premier. Le reste est bon pour la valetaille, et les grisettes.) Il en fera un second archétype, passé de mode celui-là : Mimi Pinson, qu’on ignore aujourd’hui mais qui parlait encore à Léo Ferré et à Brassens.

En 1837 Caroline, bonne pâte, offre à Musset une remplaçante de son monde : sa propre cousine, la toute blonde Aimée d’Alton-Shée. C’est une jeune fille, Musset prend quand même. Au début, comme d’habitude, il délire d’amour : ma chère beauté, ma chère blanche, ma belle chère blonde, ma chère et blanche blonde, chère belle chère, il en radote.

altonshee
Tous deux forniquent comme des escargots dans la chambre même de Musset, à une épaisseur de papier peint de toute sa famille, puis dans une garçonnière de la rue Tronchet, ça ne s’invente pas. Mais comme Aimée est une jeune fille, elle finit par parler mariage. Fail. Musset sort de sa poche arrière une brillante excuse : elle est trop riche pour lui. Sur ce point là, on ne peut pas reprocher à Musset la moindre cupidité : il n’a jamais couru après une dot ni après une place, alors qu’il est aimé de toutes les femmes et ami intime du fils du roi. (6)
L’affaire Aimée dure un ou deux ans. Musset tombe lentement en désamour ; la dépression le rattrape. Il en parle avec la sécheresse du désespoir :

Ce qui m’arrive aujourd’hui ne m’est pas nouveau, ni inattendu ; c’est ce qui m’est arrivé cent fois, mais toujours de pis en pis.

Il écrit à Aimée des choses à formatC: un cœur amoureux, comme « tu m’aimes, je le sais et je te répondrai que tu m’es chère » ou « appelle amour ou amitié le sentiment que j’ai et aurai toujours pour toi. » Il se sent sec « comme un poisson au milieu d’un champ de blé. » Il résilie le bail de la rue Tronchet, retourne chez sa mère et viole la bonne. En plus, il en est fier.
Quelques années plus tard, une envie lui prendra de renouer avec Aimée. Probablement ivre mort, il saisit sa fourche au lieu de sa plume et écrit :

Tout m’ennuie. M’aimes-tu encore ? Il n’y a que toi qui aies du cœur. Pas de lettre. Oui – ou rien. Si c’est oui, quand et comment ? Tout de suite, si cela est possible.

Ce sera rien. Vous l’aurez compris : sous le vernis qui craque, Musset apparaît peu à peu comme un pauvre beauf.

30 ans et des poussières

En 1839, lassé des « femmes du monde » (« Le monde ! » Ce « baquet. » « Les petites cancaneries, les gros riens, s’agiter sur une chaise qui craque en tendant son dessous-de-pied et en regardant sa botte ! ») Musset part à la découverte des actrices. Il tombe amoureux de la plus géniale d’entre elles : Rachel. Il la regarde cuire elle-même ses biftecks et décrit la scène comme un monument de pittoresque ethnique (« un tableau digne de Rembrandt »). Après un été à roucouler, il recommence ses crises et l’aventure s’achève en 1840.

Ah ! 1840. Année climatérique, année maudite, année terrible : en un mot comme en cent, Musset a trente ans. C’est peu de dire qu’il le prend mal. A cette époque, trente ans, c’est la fin de la jeunesse, l’âge où l’on se range dans un chez-soi, comme un meuble. Or, pour Musset,

être bien tranquille chez soi est le plus atroce de tous les supplices ; je ne comprends pas qu’on ne l’ait pas mis en en enfer. Comment Dante n’a-t-il pas pensé à nous montrer un homme en robe de chambre, au quatrième ou au cinquième cercle de l’enfer, assis au coin de son feu, dans un fauteuil, les pieds dans ses pantoufles ?

Comment, en effet ? C’est que Dante n’adorait pas le même dieu que Musset :

Moi, j’ai donné ma vie
Au dieu fainéant qu’on nomme fantaisie.

En clair, « je vis par curiosité. » Et une fois la curiosité épuisée, il ne reste pas grand chose. Comme le dit Georges Gusdorf : « les romantiques ne vieillissent en général pas très bien. »

Musset n’aime rien, et d’abord pas son siècle. Il gémit :

Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.

ou

En vérité, ce siècle est un mauvais moment.

Il récrimine :

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire
Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ?
Ton siècle était, dit-on, trop jeune pour te lire;
Le nôtre doit te plaire, et tes hommes sont nés.

Non que Musset ignore le principe de réalité : dans ses Lettres à Dupuis et Cotonet (1837), il raconte la vie du pauvre étudiant parisien qui « sort, ne sachant où aller, cherchant fortune comme faisait Casanova ». Il perd au jeu « les six francs qui lui restent », croise son tailleur « qui se plaint qu’on ne le trouve jamais, et le menace du juge de paix » et se fait éclabousser par un fiacre. « Alors seulement il se gratte la tête, et se souvient qu’il n’y a pas de fiacre à Venise, qu’on y sortait jadis en masque, qu’on ne payait pas son tailleur en 1750, et que Casanova trichait au jeu. » Mais il ne s’y fait pas. Alors il se dissout en gémissements :

Après avoir souffert, il faut souffrir encore.

et

L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,
Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert.

et

Pauvre coeur insensé, tout prêt à se rouvrir,
Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir.

et

Ne me plaignez jamais, et laissez-moi souffrir.

et

Je me suis étonné de ma propre misère
Et de ce qu’un enfant peut souffrir sans mourir.

Il y en a des tomes. Du premier au dernier de ses vers, Musset ne cessera jamais de gémir. On peut trouver ça long. Mais parfois, c’est beau :

J’ai perdu ma force et ma vie
Et mes amis et ma gaieté,
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
(Tristesse, 1840)

Au delà de son pessimisme de bipolaire, Musset a quelques raisons objectives d’être mécontent et de son âge, et de son temps. D’abord, il est bien forcé de constater qu’« il se fait, autour de mes publications, un silence qui m’étonne. » Ensuite, les femmes aussi commencent à lui dire non et pour un homme qui a parié le bonheur de sa vie sur la fesse, c’est la tuile. A trente ans, Musset a fini d’aimer ; il a fini d’écrire. A la place, il sera malade.

musset trente ans

Le voici tel que la trentaine, et même la quarantaine l’a transformé. Barbu et bien coiffé (« pas un cheveu sorti des rangs »), d’allure raide et d’abord peu gracieux, il est toujours à deux grammes.

Echec et quinte

Dès 1840, il entame une longue série d’infections. Poumons. Pleurésies, pneumonies, dont une en 1845 qui le tient deux ans. Entre deux quintes, il se met aux échecs et donne son nom à une combinaison que je juge, pour ma part, totalement improbable (s’obstiner à jouer avec un cavalier et deux pions de reste me paraît tout à fait digne d’un Français).
Il sort encore avec quelques actrices, répétant son immuable scénario : sonnets échevelés, chantages en tous genres si la belle résiste (« vous n’êtes qu’une coquette, je vais en mourir ») ce qui, vus son état et sa réputation, arrive de plus en plus souvent, puis une brève roucoulade suivie de scènes hystériques pour se débarrasser de l’encombrante et d’évanouissements divers pour la récupérer. Dans le monde et le demi-monde, avoir chopé Musset est devenu so so 1830, comme le prouve cet échange avec une comédienne :

– Monsieur, on m’a raconté que vous vous étiez vanté d’avoir couché avec moi ?
– Madame, je me suis toujours vanté du contraire.

La répartie est belle mais ne change rien au fond. Même sa mère s’entremet pour le caser, en vain. Une autre Louise, qui n’a accepté de coucher avec lui qu’avec « une profonde tristesse » (?) (…), nous déroule le script : « Ce sont des désespoirs auxquels je ne sais pas résister, des attaques de nerfs qui amènent des transports au cerveau, des hallucinations et des délires. Puis ce sont des repentirs tout aussi exaltés, des joies de me recouvrer » etc. « L’amour le grise aussi bien qu’autre chose », note-t-elle finement. « Cela ne se termine jamais que par une maladie qui a le privilège de le rendre à la raison. » Cette Louise-là se lassera comme les autres ; il n’y aura pas fallu un an. « Belle durée comme vous voyez ». En guise d’adieu, il la traite de grosse.
Après ça, vous vous en doutez, il n’aura plus de femme qu’en payant – et encore. Fanfaron, il fait mine de s’offrir des compagnes d’une nuit par paquet de cinq mais l’illusion est brève : il s’écroule, ivre mort, avant la fin du souper, au milieu d’une tirade sur Sade et sous une couronne de fleurs que ses invitées lui ont tressée et qui a tout du bonnet de con. Un ami le décrit « plongé dans les filles » mais Hetzel le croise une nuit « à la porte d’une maison de filles de la rue Saint-Marc, il pleurait. Il avait été si ignoble dans cette maison, qu’on l’avait flanqué dehors. » Même en payant, il ne trouve plus preneuse. Jusqu’à la fanitude de ses lectrices qui ne résiste pas à une entrevue avec lui. « Je n’ai plus le sentiment du plaisir » et tout est dit.

En 1845, il a la légion d’honneur et des huissiers dans son porte-monnaie. En 47, il rencontre enfin le succès au théâtre avec des pièces qu’il a écrites dans sa jeunesse. En 48, méchamment, on lui attribue un prix réservé aux auteurs débutants et/ou pauvre. En 52, vengeance ! c’est l’académie. Il fête l’événement en invitant, ivre mort, tout un bordel à dîner dans un restaurant chic du Palais royal. Ses collègues académiciens, pour le distinguer de leur Secrétaire perpétuel, le surnomment le Chancelant perpétuel et, quand il s’absente d’une séance, ricanent qu’il s’absinthe. De fait, il s’arsouille méthodiquement tous les soirs à la bière-absinthe jusqu’à ce que le garçon de café le pousse dehors. Il rentre alors chez lui, raide et digne, sous le regard intéressé d’un passant nommé Baudelaire.
La même année, poussée par la même curiosité morbide, une jeune femme nommée Louise Colet le met dans son lit où, selon ses propres termes, elle essaye de « réanimer un fantôme », le « cadavre d’un fashionable. » Elle détaille les « intermittences de la virilité » de Musset à un autre de ses amants : Flaubert. Fatalement, celui-ci ne sera jamais tendre avec Musset (« coiffeur sentimental »). Cela dit, le fiel de Flaubert a de la cohérence : il reproche à Musset d’avoir mis son art au service exclusif de, disons, le sentiment amoureux.

Quand on veut ainsi mettre le soleil dans sa culotte, on brûle sa culotte.

Mais si Musset n’est plus qu’une ombre au lit, à la verticale il est toujours aussi chiant. Avec Colet, qui n’est pas coulante, les disputes se multiplient. Lors d’un voyage en fiacre, badigeonnée d’insultes, elle finit par claquer la face de Musset et se jette sur la chaussée. La fin de l’histoire lève, sur la façon dont Musset sabrait ses liaisons, un voile qu’on aurait aussi bien pu laisser tiré : pour se réconcilier avec Colet, Musset l’emmène dîner dans un bon restaurant. Une fois attablé, il se goinfre d’huîtres en faisant tellement de « schlurps », de rots et d’éclaboussures que Colet le plante là en se demandant ce qui lui a pris de tromper Flaubert avec ce boulet.

Coda

1857. Cette année-là, les libraires empilent sur leurs rayons deux volumes tous frais, Les fleurs du mal et Madame Bovary ; et Alfred de M. est sur le point de fêter ses 47 ans. Dans la nuit du 2 mai, il prend une dernière fois son luth et chante :

Pourquoi mon coeur bat-il si vite ?
Qu’ai-je donc en moi qui s’agite
Dont je me sens épouvanté ?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte
M’éblouit-elle de clarté ?
Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
Qui vient ? qui m’appelle ? – Personne.
Je suis seul ; c’est l’heure qui sonne.

Non, c’est de la littérature. La vérité c’est qu’alité, il agonise. On lui demande :

– Souffrez-vous beaucoup ?
– Non, je crève.

Ce qui est un comble pour l’homme qui a élevé la souffrance au rang du brossage de dents. Puis il s’endort. Lui qui a toujours souffert d’insomnie dort enfin.

(Ce qui me fait le plus rire chez Musset c’est que, né avec une insuffisance cardiaque, alcoolique et syphilitique précoce, il semble s’être débrouillé pour, finalement, mourir de la tuberculose. Plus certainement, il a succombé à un mélange des deux et la médecine s’en est tenue à la version publiable – comme pour Kafka. Et Lénine. Et tant d’autres.)

Ombres

Il n’y a pas trente personnes à son enterrement, mais elles valent chacune un cortège : Dumas, Gautier, Mérimée, Lamartine. Sur sa tombe, on respecte son vœu – je n’ose dire ses vers :

Mes chers Amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
J’aime son feuillage éploré ;
La pâleur m’en est douce et chère,
Et son ombre sera légère
A la terre où je dormirai…

Hélas, la terre du Père Lachaise est lourde au pied du saule qui crève vite. On en est actuellement au treizième ou au quatorzième, je ne sais plus. Agricole fail. Au fil des années, tandis que le siècle coule, que le saule crève et que s’égouttent les neiges de l’hiver, les fans déposent sur sa tombe des lettres, des roses et des couples d’oiseaux morts enlacés.

Après les funérailles, son ami Sainte-Beuve soupire :

Musset n’a su que haïr la vie du moment qu’elle n’était plus la jeunesse sacrée.

Stendhal :

Une âme trop ardente pour se contenter du réel de la vie.

Il n’en a pas l’exclusivité. Il y aura toujours du monde pour trouver que la vie est un trop chouette seau pour être jeté dans le trou du merde du réel parce que, té ! C’est ça, un artiste – et l’art ne parle pas d’autre chose.

Ses successeurs seront plus durs avec lui. Baudelaire en dira beaucoup de mal alors que franchement, son

Mais la voix me console et dit : « Garde tes songes ;
Les sages n’en ont pas d’aussi beaux que les fous ! »

n’a-t-il pas quelque chose à voir avec le

Un rêve m’apparaît, qui passe et qui s’envole ;
Les heureux sont les fous, les poètes le sont.

de Musset ? Eh bien si, il a.

Même Rimbaud – il est gonflé – lui reproche sa paresse :

Musset est quatorze fois exécrable pour nous, générations douloureuses et prises de visions, – que sa paresse d’ange a insultées ! […] Musset n’a rien su faire. Il y avait des visions derrière la gaze des rideaux : il a fermé les yeux.

Et avec les yeux ouverts, on fait quoi ? Trafiquant d’armes ?

La jolie Aimée d’Alton-Shée finit par épouser le frère d’Alfred de M. Tous deux passent le reste de leur vie à cultiver le souvenir du Poète en gommant avec soin tous les aspects qu’ils jugent infamants, au premier rang desquels figure le sexe – ce qui explique sans doute qu’il leur ait fallu tant de temps. En ont-ils brûlé, des lettres impudiques ! On ne se méfie jamais assez de ceux qui nous aiment.
En 1896, Sarah Bernhardt crée enfin Lorenzaccio au théâtre. Douze ans plus tard, une nièce d’Aimée séjourne à Cabourg avec ses deux filles. Elles inspireront, à un auteur en villégiature, le titre de son prochain livre : A l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Une bibliographie

Poétique de Musset, actes du colloque de Cerisy, sous la direction de Sylvain Ledda, Frank Lestringant et Gisèle Séginger, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013
Musset : poésie et vérité, textes réunis par Gisèle Séginger, Ed. Champion, 2012
Fortunes de Musset, sous la direction d’André Guyaux et de Frank Lestringant, Classiques Garnier, 2011
Alfred de Musset : les fantaisies d’un enfant du siècle, Sylvain Ledda, Ed. Gallimard, 2010
Une grâce obstinée, Musset, Emmanuel Godo, Ed. Du Cerf, 2010
Alfred de Musset, Gonzague Saint Bris, Ed. Grasset, 2010
Musset ou la nostalgie libertine, Valentina Ponzetto, Ed. Droz, 2007
Alfred de Musset, Frank Lestringant, Ed. Flammarion, 1999
Le roman de Venise, Sand et Musset, composition, préface et notes de José-Luis Diaz, Ed. Actes Sud, 1999
L’esthétique de Musset, Alain Heyvaert, Ed. SEDES, 1996
La nostalgie dans l’oeuvre poétique d’Alfred de Musset, Bruno Szwajcer, Ed. Nizet, 1995
Musset, textes de Nisard, Sainte-Beuve, Lamartine, Paul de Musset, Laprade, Vitet, réunis et choisis par Loïc Chotard, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1995
Georges Sand, Alfred de Musset et Venise, Mireille Caors, Ed. Royer, 1995
La transparence et l’indicible dans l’oeuvre d’Alfred de Musset, Alain Heyvaert, Ed. Klincksieck, 1994
L’école du désenchantement : Sainte-Beuve, Nodier, Musset, Nerval, Gautier, par Paul Bénichou, Ed. Gallimard, 1992
Alfred de Musset : Lorenzaccio, par Jean-Marie Thomasseau, Presses universitaires de France, 1991
Correspondance d’Alfred de Musset, Marie Cordroc’h, Roger Pierrot, Loïc Chotard, Presses universitaires de France, 1985
Pudeur et romantisme : Mme Cottin, Chateaubriand, Mme de Krüdener, Mme de Staël, Baour-Lormian, Vigny, Balzac, Musset, George Sand, par J. Rossard, Ed. Nizet, 1982
La Liaison Musset-Sand, Henri Guillemin, Ed. Gallimard, 1972
Musset : essai, Henri Lefebvre, Ed. de l’Arche, 1970
Musset, Philippe Van Tieghem, Ed. Hatier, 1963
Alfred de Musset, Philippe Soupault, Ed. Seghers, 1957

1 Amori et Dolori sacrum. La mort de Venise, Maurice Barrès, Ed. Juven, 1903
2 At home : A short story of private life, Bill Bryson, Black swan, 2011
3 Alfred de Musset, Sylvain Ledda, Gallimard, 2010
4 Au fait, on ne sait pas si la femme qui a brisé le coeur d’Alfred de M. est vraiment Angélique de la Carte. On a aussi parlé d’une madame Groisellier de Saint Denis, à moins qu’il ne s’agisse d’une Beaulieu de Saint Ouen ; on ne sait même pas si Musset a réussi à coucher avec. Comme il arrive souvent, on ne sait presque rien de la scène qui a vraiment importé – car Musset ne s’est jamais remis de ce coup-là.
Si l’on tient à inférer le réel du roman, alors Musset aurait, lors d’un dîner mondain, ramassé sa fourchette par terre et du même coup, aperçu sous la table un de ses plus vieux amis d’enfance nouant ses pieds à ceux de sa maîtresse du moment – son premier amour. Que cette mésaventure n’ait abîmé que sa vision de la femme et de l’amour, il en est persuadé. Pour ma part, j’ai toujours trouvé que ses pièces grouillaient autant d’amitiés masculines trahies que d’amours féminines trompées.
5 Sans télé on ressent davantage le froid, Titiou Lecoq, Ed. Fayard, 2014
6 L’absence d’opportunisme financier chez Musset est à nuancer, au moins sur le tard (28 ans). Il se débrouillera toujours pour décrocher, au gré des changements de régime, quelque sinécure de bibliothécaire où il pointera 35 heures par an. L’âge venant, il vire néocons et sa plume devient facilement « de circonstance », écrivent ses biographes qui reculent devant d’autres mots. Certes, il a rimé

Pour être d’un parti, j’aime trop la paresse
Et dans aucun haras je ne suis l’étalon

maintes fois et sous de nombreuses formes, mais la paresse ne se boit pas en bouteille. Qu’importe qui paye le flacon, pourvu qu’il y ait ivresse.

Amie Lectrice, ami Lecteur, merci d’être venu-e jusque là avec moi.

tombe

12 comments for “La vie sexuelle d’Alfred de M.

  1. WINTREBERT
    25 août 2014 at 3 h 10 min

    Et moi qui voulais me coucher tôt, ce soir !
    🙂
    Moins torride que ton Mille et une nuits (la fiction l’emporte toujours sur le réel ;-), cette bio de Musset n’en est pas moins tout aussi érudite et elle m’a passionnée. On se sent toujours plus intelligent quand on apprend plein de choses. ^^
    Tu penses la publier ?
    Bizzz
    J.

    • Catherine DUFOUR
      25 août 2014 at 14 h 05 min

      Je la trouve fort bien publiée en l’état. C’est un petit cadeau à l’usage de celles et ceux qui ont aimé mon Lorenzaccio. Merci, Joëlle, pour ton appréciation.

  2. WNTREBERT
    25 août 2014 at 20 h 01 min

    Gros cadeau, je dirais ! Je te retourne un merci à la hauteur. 🙂

  3. claude chapard
    14 septembre 2014 at 11 h 44 min

    j’ai beaucoup aimé ce texte, découverte d’un poète totalement différent de ce que je croyais.merci pour la découverte CC

    • Catherine DUFOUR
      14 septembre 2014 at 11 h 50 min

      Merci !

  4. jean jacques ganghofer
    24 septembre 2014 at 23 h 53 min

    J’ai eu accès à votre article par un lien fait par Titiou Lecoq sur le dernier article de son blog ou de Slate, je ne sais plus….. . J’ai appris beaucoup de choses tout en souriant . Vous écrivez très bien . Désormais, mon image d’Alfred de Musset sera celle que m’avez donnée. Mille fois merci …… JJG

    • Catherine DUFOUR
      25 septembre 2014 at 12 h 39 min

      Mille mercis, et vive Titiou.

  5. 29 septembre 2014 at 22 h 21 min

    De la littérature, du cul, du XIXe siècle, de la bio touffue et pas politiquement correcte et un style aussi voluptueux qu’une pin-up de calendrier: mes neurones viennent d’avoir un orgasme, et c’est pas les plus faciles à attraper… Ça fait sacrément du bien à la tête. Merci merci merci….

    • Catherine DUFOUR
      30 septembre 2014 at 11 h 48 min

      De rien de rien de rien…

  6. Natacha Vas-Deyres
    5 novembre 2014 at 14 h 58 min

    C’est en relisant ta Vie sexuelle de Lorenzaccio que j’ai retrouvé le lien: Catherine, moi qui adore Flaubert, Zola, Maupassant (mon socle littéraire en parallèle de la SF) je me prends à rêver que tu réécrives leurs biographies, à ta façon, surtout à ta façon, car les vies d’écrivains sont pleines de bruit et de fureur bien avant que les manuels scolaires ne gomment tout ce qui fait leur intérêt; des vies passionnées, brûlées, sublimées, violentes qui donnent naissance à la littérature avec un grand L.
    Merci. Encore et encore.

    • Catherine DUFOUR
      10 novembre 2014 at 11 h 23 min

      Merci pour ce commentaire. « La vie sexuelle de Maupassant », mazette, ce serait gros comme un bottin…

  7. fél
    30 novembre 2017 at 17 h 02 min

    Excellent, j’adore ! Faites nous en un sur Hugo, qui le mérite plus ^^ Votre plume insolente attaque une ambulance 😉

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