Brèves de noces

neuroleptiques½ h avant midi.

 

– Tiens ? Y a plus personne ? Y avait plein de monde, non ?

– Si si, plein. Y avait, euh… y avait qui, en fait ?

– Aucune idée. Déjà que c’était l’émeute, je ne peux pas savoir en plus qui c’était.

– Y avait FF, au moins. « Hé, JP, t’as pas un petit quart ? » « Hé, JP, t’as pas un CD ? » « Hé, t’as pas un autre petit quart ? » « Hé, j’aurais besoin d’un CD, t’as pas ça ? » A la fin, je lui ai dit : « Ecoute, FF : je t’ai déjà donné quatre quarts, ça fait un entier et des CD, y en a 800 dans la pièce. T’as qu’à chercher. »

– Moi, quand FF a commencé à raconter sa vie, ça m’a carrément réveillée.

– Arf ! C’était quoi, le début ? Il est allé à l’armée et après je ne sais plus.

– A un moment, il bossait en cuisine, il se branlait dans les plats et il chiait dans la soupe, non ?

– Si ! Et il s’est pris 364 jours de mitard, c’est ça ?

– Il a raté l’année de peu, il a dit.

– Le coup de chier dans la soupe, je me souviens que T a dit « Noooon ! » Et que N a dit « Si c’est possible ! Ecoute la suite ! »

– Ensuite, FF a cassé la gueule de l’adjudant et il a fini en camp disciplinaire, non ?

– Ouais. Ils l’ont mis au bar.

– Non ??

– Ah, faut savoir renoncer.

– A quatre du’, y avait plus d’alcool, ils me faisaient des réclamations, tous ! « Me demandez pas ! Y a plus rien », je leur ai dit. Alors ils ont carrément attaqué les Tourtel.

– Non ?!

– Si ! Ils se plaignaient : « Ouais, elle a un drôle de goût, ta bière. » Ah bon ?

– Et FF est venu me voir : « Mais j’ai hypersoif ! Comment je fais ? » Je lui ai montré le robinet d’eau. « Ca se boit, tu sais ».

– Bon sang, comment on la démarre, cette machine à laver ? Je ne sais pas, elle est en différé, elle ne veut pas démarrer avant trois jours. Chu, toi qui es informaticien ?

– Ah, elle n’a pas assez de boutons pour moi, ta machine.

– Je vais faire du café. Vous voulez du café ?

– Oula ! Jamais d’excitants pour nous, tu sais bien.

– Et après, FF a été envoyé en Allemagne, avec trois copains il est allé braquer une poste, mais il y avait déjà trois mecs à braquer la poste, alors ils l’ont braquée à six.

– Non ?

– Si ! Ils ont partagé le butin et ils se sont retrouvés avec trois marks et dix timbres par personne. Ensuite FF a fini en HP, les infirmiers lui couraient après avec des seringues pleines de valium et ils n’arrivaient pas à l’attraper ! Si.

– Et là, N a raconté qu’un soir, FF a raconté sa vie à un gros barbare bien anar, et le type a fait un bad trip : « Je croyais être un dur et je me rends compte que je ne suis qu’un sale petit bourgeois ! » Mais un vrai bad, toute la nuit.

– Et à un moment, FF a sauté sur Any et il lui a dit : « C’est pas possible comme t’es belle ! Faut qu’on couche ! »

– Moi, il m’a proposé une pipe toute la nuit. Je lui ai dit qu’il n’était pas mon type, quoi. Je veux dire, c’est pas que ce n’est pas un beau gars, mais moi je suis plutôt type femme.

– Ah, faut savoir dire stop.

– Moi, il a passé la nuit à me refaire mes lacets. C’était gentil.

– Ca me fait bizarre de me voir quand je te regarde.

– Tu as conscience que ça ne veut rien dire, ce que tu dis ?

– Il a même essayé avec G. C’est pourtant carrément pas le genre à se prendre une main au cul, G.

– Mais il y avait moins de monde que la dernière fois, non ?

– Arf ! C’est quand j’ai vu les cent gugus débarquer que j’ai demandé à Z ce qui se passait. Il m’a dit : « Je crois que L a quelque chose à te dire. » Il avait mis notre adresse sur le site freeparty.fr.

– On était le point de rencontre de toute la région parisienne grand large. De Marseille à Brest.

– Et B veut faire une fête pour ses 35 ans. Ca je m’en souviens, il me l’a dit huit fois.

– Ca fait combien d’années qu’il fête ses 35 ans, B ? Quatre ?

– Bon, je vais acheter une télé, moi.

– Je t’accompagne, il me faut un pixel mort.

– Vous avez conscience que c’est de plus en plus incohérent, ce que vous dites ?

– Non ?!?

– En fait, les gens cohérents, plus je vieillis, plus ça m’angoisse.

– Tu peux venir mourir ici, si tu veux.

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